Au Canada, il n’existe pas d’«impôt sur l’héritage» à proprement parler. Cela dit, des impôts peuvent tout de même s’appliquer lors d’un transfert de patrimoine, en particulier en raison de la règle de la disposition présumée (les gains en capital potentiels au moment du décès), des frais d’homologation ou d’administration de la succession, et de l’impôt sur le revenu pour certains actifs enregistrés comme le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et le fonds enregistré de revenu de retraite (FERR).

Pour éviter les impôts sur la succession au Canada, une planification claire et proactive est essentielle. C’est la meilleure façon de gérer l’aspect pratique du transfert de votre patrimoine, même si le terme «impôt sur l’héritage» n’est pas utilisé au Canada. Anticiper est particulièrement important en Ontario et dans la région du Grand Toronto (GTA), où les frais d’homologation et la valeur élevée de l’immobilier peuvent avoir un impact significatif sur ce que vos héritiers recevront. La législation fiscale canadienne évolue constamment (par exemple, les récents changements proposés aux règles sur les gains en capital), il est donc crucial de revoir votre plan régulièrement.

Comprenez-Vous Vraiment les Impôts Sur la Succession au Canada?

Que se passe-t-il quand une personne décède? À des fins fiscales, le Canada considère que vous avez vendu (ou «disposé de façon présumée») la plupart de vos biens en immobilisations juste avant votre décès. Tout gain en capital qui en résulte est inclus dans votre dernière déclaration de revenus. La résidence principale peut toujours être protégée par l’exonération applicable, tandis que les placements non enregistrés et les propriétés secondaires (chalets, logements locatifs) peuvent entraîner des gains en capital imposables.

Parlons du taux d’inclusion des gains en capital et de la situation actuelle. À ce jour, le gouvernement fédéral a reporté l’augmentation prévue du taux d’inclusion des gains en capital au 1er janvier 2026. D’ici là, le taux d’inclusion d’une moitié (50%) demeure en vigueur pour les particuliers. (Le gouvernement a également augmenté l’exonération des gains en capital à vie à 1,25 M$ en date du 25 juin 2024, ce qui peut être pertinent pour les actions de petites entreprises.) Vérifiez toujours les règles en vigueur avant de «cristalliser» un gain.

Voici d’autres coûts dont vous devriez tenir compte :

  • Frais D’homologation ou D’administration de la Succession: En Ontario (y compris la région du Grand Toronto), il n’y a pas de frais sur les premiers 50.000$ de la valeur de la succession. Au-delà, l’impôt sur l’administration de la succession est de 15$ par tranche de 1.000 $ (soit 1,5%). La Colombie-Britannique applique un régime similaire, mais échelonné (0% jusqu’à 25.000$, 0,6% de 25.000$ à 50.000$, et 1,4% au-dessus de 50.000$). Au Québec, les frais de liquidateur sont un coût à considérer, mais le système est différent.
  • Imposition des REER et FERR: À moins qu’un roulement ne soit effectué en faveur d’un conjoint ou partenaire admissible ou de certains dépendants, la valeur totale d’un REER ou d’un FERR est généralement imposable dans la déclaration de revenus finale du défunt. La désignation appropriée de bénéficiaires peut permettre ce roulement et reporter l’impôt pour le survivant.
  • Déclarations de Revenus Finales: Votre liquidateur doit produire une déclaration de revenus T1 finale et pourrait avoir besoin d’une déclaration de fiducie T3 pour la succession. Des déclarations optionnelles peuvent être utilisées pour optimiser les tranches d’imposition.

La Différence Entre les Impôts Sur la Succession et les Impôts Sur L’héritage

La terminologie a son importance. Par exemple, aux États-Unis, l’impôt sur la succession est prélevé sur la succession imposable du défunt au-dessus d’un certain seuil fédéral, et certains États imposent également un impôt sur l’héritageque les bénéficiaires paient en fonction de leur lien de parenté avec le défunt. Le Canada n’a aucun de ces impôts. Au lieu de cela, l’événement fiscal principal est la disposition présumée des actifs à leur juste valeur marchande immédiatement avant le décès, avec les gains en capital et les revenus qui en découlent déclarés dans la dernière déclaration de revenus, en plus des frais d’homologation provinciaux.

Pour les bénéficiaires, les héritages ne sont généralement pas imposables comme revenu. Cependant, certains choix de planification (comme nommer un bénéficiaire de REER ou de FERR qui n’est pas le conjoint) peuvent faire en sorte que la succession doive payer l’impôt pendant que la personne nommée reçoit les fonds, créant ainsi des iniquités non intentionnelles entre les héritiers. Alignez vos désignations de bénéficiaires avec votre testament, utilisez les roulements au conjoint lorsque c’est possible, et structurez la propriété de manière à être efficace sur le plan de l’homologation (tout en respectant les nuances provinciales comme celles du Québec) pour vous assurer que les impôts sont réglés au bon niveau et que les distributions correspondent à votre intention.

Stratégies Pour Minimiser ou Éviter les Impôts Sur la Succession au Canada

Voici des moyens pratiques que les Canadiens utilisent pour gérer les impôts sur la succession. Le mélange optimal dépendra de votre province, de votre situation familiale et du type d’actifs que vous possédez.

  1. Faire des Dons D’actifs de Votre Vivant

Donner de l’argent comptant à des enfants adultes n’a généralement pas de conséquences fiscales immédiates. Donner des biens en immobilisations (par exemple, un condo locatif, des titres) est considéré comme une disposition présumée à la juste valeur marchande. Vous pourriez avoir à payer des gains en capital maintenant, mais cela peut être stratégique si votre taux actuel est plus bas que celui auquel votre succession serait confrontée plus tard. Soyez attentif aux règles d’attribution du revenu pour les dons de biens qui génèrent un revenu à un conjoint ou à des enfants mineurs.

  1. Utiliser un Compte D’épargne Libre D’impôt (CELI)

Les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) sont de puissants outils pour le transfert de patrimoine intergénérationnel: les gains y sont non imposables de votre vivant. De plus, avec la désignation d’un titulaire successeur (généralement un conjoint ou un partenaire), le compte continue d’être libre d’impôt entre ses mains. Un bénéficiaire nommé (qui n’est pas le conjoint) peut recevoir la valeur du CELI en franchise d’impôt jusqu’à la date du décès (la croissance post-décès est imposable). Les désignations peuvent aussi aider à contourner l’homologation.

  1. Désigner des Bénéficiaires Pour les Comptes Enregistrés

Pour les REER et les FERR, nommer un conjoint ou un partenaire admissible peut permettre un roulement fiscalement différé, plutôt que d’avoir la valeur entière imposée dans votre dernière déclaration. Remarque: si vous nommez un bénéficiaire qui n’est pas votre conjoint, la succession peut quand même devoir payer l’impôt même si le bénéficiaire reçoit les fonds; planifiez à l’avance pour éviter toute iniquité entre les héritiers. Au Québec, il est souvent préférable de faire ces désignations dans le testament plutôt que sur les documents du régime.

  1. La Propriété Conjointe Avec Droit de Survie (JTWROS)

Dans la plupart des provinces, la propriété conjointe avec droit de survie (JTWROS) peut permettre aux actifs de passer directement au survivant, évitant ainsi l’homologation. Ce n’est pas une solution universelle: il y a des considérations liées aux créanciers, au contrôle et au droit de la famille, et le Québec ne reconnaît pas le JTWROS (la copropriété est généralement une tenancy-in-common). Obtenez un avis juridique avant d’ajouter des propriétaires au titre d’un bien.

  1. Créer Une Fiducie

Les fiducies (fiducies entre vifs ou testamentaires) peuvent contrôler comment et quand les bénéficiaires reçoivent les actifs, offrir une planification de l’homologation et, dans certains cas, transférer du revenu à des membres de la famille imposés à un taux inférieur (sous réserve des règles d’attribution et d’imposition des fiducies). Les fiducies sont des contribuables distincts et nécessitent des déclarations T3; il faut les structurer avec soin.

  1. Les Dons de Bienfaisance

Faire un don de titres cotés en bourse à un organisme de bienfaisance enregistré peut réduire la taille de la succession et éliminer l’inclusion des gains en capital sur ces titres, tout en générant des crédits de don. Cette stratégie peut être très efficace, que ce soit par le biais de votre testament ou de votre vivant.

  1. L’assurance Vie Pour la Planification Successorale

Bien structurée, l’assurance vie peut fournir de l’argent comptant non imposable aux bénéficiaires, compenser l’impôt dû par la succession ou égaliser les héritages. Nommer des bénéficiaires peut également aider à éviter l’homologation sur ces sommes. (Les revenus de placements à l’intérieur d’une police peuvent avoir des exigences de déclaration distinctes.)

Comment Transférer de L’argent Aux Héritiers en Franchise D’impôt au Canada

Si vous cherchez des moyens de transférer de l’argent à vos héritiers en franchise d’impôt au Canada, les outils les plus courants sont:

  • Les CELI (maximiser l’espace de cotisation; nommer un titulaire successeur pour les conjoints ou un bénéficiaire autrement).
  • Les prestations de décès d’une assurance vie (généralement reçues en franchise d’impôt par les bénéficiaires nommés et peuvent éviter l’homologation).
  • Les comptes enregistrés avec désignations de bénéficiaires (roulements de REER/FERR à un conjoint ou partenaire; planifier pour les désignations de non-conjoints afin que la succession puisse couvrir l’impôt de manière équitable).
  • La structuration pour réduire l’homologation et les gains en capital (par exemple, le JTWROS en dehors du Québec; les dons de titres à un organisme de bienfaisance; le fait de chronométrer les dispositions pour profiter de taux d’inclusion plus bas avant 2026, si cela est approprié).

5 Erreurs Courantes à Éviter en Matière de Planification Fiscale Successorale

  1. Attendre Trop Longtemps Pour Faire un Plan: Les reports et les changements de règles (comme le report du changement du taux d’inclusion des gains en capital, maintenant prévu pour le 1er janvier 2026) peuvent avoir un impact significatif sur les résultats. Créez un plan flexible et revoyez-le annuellement.
  2. Ne Pas Mettre à Jour Les Désignations de Bénéficiaires: Les incohérences entre les désignations sur les comptes et votre testament peuvent créer des problèmes fiscaux ou des écarts de prestations, surtout pour les REER/FERR dont les bénéficiaires ne sont pas les conjoints.
  3. Ignorer Les Gains en Capital Potentiels Sur Les Biens: Les propriétés secondaires et les portefeuilles non enregistrés peuvent créer un impôt considérable au moment du décès; modélisez des scénarios bien à l’avance.
  4. Partir Du Principe Que la Propriété Conjointe est Toujours la Meilleure Solution: Le JTWROS peut éviter l’homologation, mais il n’est pas reconnu au Québec et peut engendrer d’autres risques.
  5. Négliger la Planification de L’homologation en Ontario: Dans la région du Grand Toronto, les frais de 1,5% sur un montant supérieur à 50.000$ s’accumulent; considérez les outils qui réduisent validement la succession sujette à l’homologation.

3 Erreurs Courantes à Éviter (Liées à L’assurance)

Ces éléments ne sont pas des «impôts», mais ils peuvent éroder les successions et compliquer les plans, surtout pour les retraités et les voyageurs fréquents :

  • Attendre Trop Longtemps Pour S’assurer: Les changements de santé peuvent limiter les options et augmenter les primes plus tard dans la vie.
  • Négliger L’assurance Voyage et L’assurance Maladie D’urgence: Les coûts en dehors de la province peuvent être importants et réduire ce qui reste aux héritiers.
  • Choisir un Plan Sans Comprendre les Exclusions: Les conditions préexistantes, la durée des voyages et les clauses de franchise sont importantes. Coordonnez votre assurance avec votre plan successoral plus large (bénéficiaires, liquidité).

Points Clés à Retenir

  • Le Canada n’a pas d’impôt sur l’héritage, mais les règles de disposition présumée et celles des régimes enregistrés peuvent créer de l’impôt au décès; planifiez en conséquence.
  • Pour de nombreuses familles, la vraie réponse à la question « comment éviter les impôts sur l’héritage? » est: maximiser les CELI, utiliser les roulements de REER/FERR au conjoint, envisager l’assurance vie et structurer la propriété et les bénéficiaires pour minimiser l’homologation.
  • Surveillez l’évolution du paysage des gains en capital (le changement du taux d’inclusion est reporté à 2026) et modélisez les stratégies de synchronisation avec vos conseillers.
  • Le Québec a des règles uniques (pas de JTWROS; les désignations de bénéficiaires se font souvent via le testament), donc les conseils d’un spécialiste de la province sont essentiels.